mercredi 19 décembre 2012

A Noël, du soleil comme s'il en pleuvait...

Cette année, Noël reprendra pour moi ses températures hivernales et la tentation est grande de fuir vers une destination ailleurs. De fait, comment oublier les sonorités espagnoles des chants de Noël pour enfants ou le rythme des "anges de nos campagnes" à la mode antillaise (les "Chanté Nwel") ! Mais je n'ai pas trop le temps de gamberger car je suis plongé au coeur d'une réalité "métisse" passionnante à St Denis comme à Paris et c'est assez bon pour moi. A St Denis, je continue de travailler auprès de plusieurs groupes de jeunes et de catéchistes tous les WE tandis que le reste du temps est occupé par le Réseau Jeunesse Ignatien (RJI) dont je deviens le directeur (qui a dit que les jésuites avaient du discernement ?). Cette mission est plus du côté de l'organisation ("Festival Lalouvesc" l'été prochain) et de la coordination... Je passe avec plaisir d'une frontière à l'autre (banlieue/Paris, rapidité/lenteur, animation/coordination, etc.) et j'apprends à marcher sur le fil où les clichés tombent peu à peu des 2 côtés.

Mes bonnes résolutions chiliennes - prendre le temps, privilégier l'être plutôt que le faire, soigner la prière et l'écoute, être plus attentif à la nature ("aux arbres citoyens") - doivent s'exprimer autrement que je ne l'avais imaginé. Elles m'aident néanmoins à m'accrocher et à oser  car la confiance qui m'est faite est grande et les services à rendre sont nécessaires. Tout cela ne m'empêche heureusement pas de faire un peu de musique (on a monté un "jez band" pour la fête de St François-Xavier le 3 décembre dernier), d'écouter de la musique latino ("te quiero") et de lire grâce aux heures passées dans le métro. Mon coup de coeur de ces jours-ci (un bon cadeau de Noël !) : la biographie d'Emmanuel Lafont, l'évêque de Cayenne qui a été curé de Soweto dans les années avant la libération de Mandela. Une profonde réflexion sur notre époque et ses violences, sur l'urgence d'une évangélisation respectueuse des cultures et sur un Evangile simple aux couleurs d'aimer.


Que vous souhaiter pour ces fêtes ? Plein de bonnes choses bien sûr. Mais dans une période pas toujours facile à vivre pour les uns et les autres (des sans-papiers avaient envahi les salles paroissiales où je fais aumônerie...) et dans un climat social morose, mon désir est de vous souhaiter du soleil comme s'il en pleuvait. Soleil dans le coeur et dans le ciel. Soleil, c'est aussi une manière de parler du Christ, vrai soleil ou "Soleil levant, sur ceux qui gisent dans la mort, Tu es venu pour que voient ceux qui ne voient pas, Et tu guéris l'aveugle-né. O viens, Seigneur Jésus ! Lumière sur le monde ; Que nous chantions pour ton retour : Béni soit au nom du Seigneur Celui qui vient sauver son peuple !" (Rimaud/Berthier)


Joyeux Noël

Manu Grandin(gue)
P.S : en cadeau une géniale flash mob en Martinique sur des musiques de Mickael Jackson (clin d'oeil à ma soeur Frédérique et à quelques autres avec qui, adolescent, j'ai dansé)

mardi 6 novembre 2012

C'est passé comme une étoile filante


Il y a tout juste 1 an, je m'envolais pour le Chili. Que de chemin parcouru depuis la première page du blog de l'an passé ! Combien d'océans et de pays traversés ! Que de neige, de pluies, de désert et de soleil aussi ! Combien d'états d'âme et de questionnements ! Combien de nouveaux visages dans ma mémoire et ma prière ! Oui, tout cela est passé comme une étoile filanteEt quitter pays, amis et habitudes, comme Abraham le croyant (Gn 12), m'a emmené bien plus loin que je ne l'avais imaginé... expérience de crise, kairos en grec c'est-à-dire : moment de vérité, de décision et de vulnérabilité. Comme d'habitude, c'est avec des chansons que je vous partage mes ressentis et mon action de grâce pour cette année mouvementée, unique, belle et "écartelante" à l'image de cet hibiscus. 2 manières complémentaires de vous présenter ma relecture : tout d'abord, 3 leçons qui font écho aux leçons des 30 jours, puis le rappel des grands évènements qui ont jalonné ce chemin qui ne fait que commencer...
3 leçons
Leçon 1 : trouver sa voie/x ne peut se faire sans combats ni sans aide. Plus que jamais je mesure combien notre chemin est une course de fond et non une course de vitesse et que je suis invité à apprendre à vivre dans la patience (ma qualité première !). Plus que jamais je comprends que j'ai été porté par vous comme ces 4 hommes qui ont porté leur ami paralytique au pied de Jésus (Mc 2, 1-12). De ces prises de conscience naît une plus grande amitié envers moi-même et une plus grande liberté pour vivre "a mi manera" (à ma manière), avec un style propre. 
Leçon 2 : devenir ami du Christ conduit au service des autres. J'ai mieux compris là-bas l'importance de soigner mon lien au Christ et de reconnaître mon besoin - à la fois juste et ambigu - d'être utile aux autres. C'est ce que chante Julien Clerc avec en plus un clin d'oeil au Chili : "A quoi sert une chanson Si elle est désarmée ?", Me disaient des chiliens, Bras ouverts, poings serrés. Comme une langue ancienne Qu'on voudrait massacrer, Je veux être utile À vivre et à rêver. Comme la lune fidèle A n'importe quel quartier, Je veux être utile À ceux qui m'ont aimé, À ceux qui m'aimeront Et à ceux qui m'aimaient. Je veux être utile à vivre et à chanter". Vivre, aimer et servir, pas d'autre horizon ni ambition qui valent la peine d'être vécue. 
Leçon 3 : Dieu n'est pas à chercher dans le ciel mais bien dans le contact quotidien avec lui (réapprendre à demeurer seul face à lui), dans le combat contre nos forces de mort ainsi que dans la lutte contre toutes les formes de "misère". C'est l'invitation lancée par ce chant haïtien que je connais depuis longtemps et qui est interprété par Malavoi, grand groupe de la Martinique. Autre clin d'oeil au blog de l'an passé : JJ Goldman. Malavoi n'hésite pas à le faire chanter en rythme et en couleur : chanson d'amour

Une année en musiques et en photos
Novembre-Décembre : premiers pas outre-atlantique ; entrée dans une nouvelle langue (Dieu parle espagnol !) et une nouvelle culture (exigeant et rafraîchissant) ; marche dans le désert et découverte des ballets religieux ; prise au sérieux de mon état de "crise", de ma fragilité et de ce qui m’a porté ces dernières années ; un Noël coloré mais assez nostalgique.

Janvier : trekking décapant dans les Andes avec des étudiants ; travail (qui m’a bien décentré) auprès de personnes âgées au Hogar de Cristo, l'oeuvre sociale du saint jésuite chilien Padre Hurtado ; entrée dans une certaine acceptation de mes contradictions et peurs.

Février-Mars : début du "3eme an" (groupe de 12 compagnons de 11 nationalités) ; expérience des 30 jours où j'ai accepté d'avancer avec confiance malgré les doutes et les tâtonnements ; j'ai mieux "compris" combien Dieu peut parler lumineusement dans mes obscurités et mes "échecs" : oui, toute vie est faite d'ombres et de lumières, toute vie est faite de joies profondes et de renoncements coûteux.

Avril-Juin : sessions sur les vœux et les textes fondateurs des jésuites (passer plus de temps pour mieux les connaître et pour mieux les aimer) ; prise de conscience que la générosité ne suffit pas pour durer dans un engagement et que l'on ne conserve guère ce que l'on a acquis dans la hâte et sans efforts ; nombreux services en paroisse ; mission tout au Nord aux frontières physiques (Pérou) et humaines (personnes droguées, prison, etc.) ; redécouverte des ballets religieux.

Juillet : temps de relecture de l'expérience du "3eme an" (moins de naïveté et d'amertume, joie de servir malgré les tensions inévitables, "accueil" de la mort et de la solitude, etc.) ; puis après 252 jours, adieux au Chili et à ses habitants ; réapprivoisement du français ; retour au "temps ordinaire" avec le sentiment d'être le même et d'être bien différent ; baptême célébré dans le Sud.


Août : vacances avec des amis jésuites à Nantes ; séjour familial et reposant en Martinique (merci de ce temps de grâce) et  début d'une nouvelle étape à Saint-Denis (Nord de Paris, le "9.3") où je rencontre toutes les couleurs du monde et beaucoup d'antillais !


Septembre-Octobre : nouvelles missions : travail à mi-temps au Réseau Jeunesse Ignatien (RJI) avec en vue un Festival fin juillet à La Louvesccommunauté de 11 compagnons et travail à mi-temps à Saint-Denis auprès de lycéens (JOC, etc.) ; à côté, je poursuis quelques activités comme Vers Dimanche, la Villa Madeleine Delbrêl en Martinique et des coups de main comme lors du rassemblement des établissements scolaires jésuites à Lourdes la semaine passée.

Merci de votre soutien et de votre prière. Bonne année !
 On reste en contact. Manu Grandin(gue)