mardi 7 juillet 2015

Seigneur mon ami, tu m'as pris par la main


C'est avec les mots des chansons du Père Aimé Duval (1918-1984), jésuite, chanteur et alcoolique comme il se présentait lui-même, que je voudrais vous partager l'annonce de la fête de mes "derniers voeux" le samedi 31 Octobre prochain. "Mais c'est quoi encore ces voeux alors que cela fait 18 ans que tu es Jésuite ?" En abordant cette dernière étape, j'ai envie de vous dire un peu ce que j'ai dans ma petite tête.

Ignace a voulu qu’au terme de la longue formation intellectuelle, spirituelle et pastorale, 
le Jésuite prenne du temps pour remettre devant ses yeux et son cœur l’appel et le désir qui l’ont conduit à la Compagnie. C’est ce qu’on appelle le « 3ieme an ». Je l’ai effectué au Chili il y a 3 ans déjà. Souvenez-vous, ces mois là-bas furent marqués par une vraie crise d'identité (jamais vraiment terminée ;) où je n'ai pas arrêté de me demander si le Seigneur reviendrait apaiser mes doutes et si je ne m'étais pas joué de la flûte durant toutes ces années (la crise de la quarantaine je vous dis). Plus que jamais j'avais besoin de crier au Seigneur : Seigneur, mon ami, tu m'as pris par la main. J'irai avec toi sans effroi Jusqu'au bout du chemin. Je marche avec toi dans le vent, dans le froid. Je marche, peu m'importe, Je te porte dans mon cœur avec moi. Partout, c'est la danse, les sourir’s, les plaisirs. Mais moi, je m'avance en cherchant ton visage en tout ça. J'irai d'un bon pas en chantant mes chansons. Je sais, tu m'attends sur le pas de ta belle maison. Alors, tu es là : Je te vois découvert, Je vois ton visage et la table où tu mets deux couverts (musique).

Dieu m'a "bien sûr" écouté mais comme d'habitude, je n'ai pas reçu les réponses ou certitudes que j'attendais. Mais j'ai grandi grâce à plusieurs éléments : les expériences bouleversantes avec les plus fragiles là-bas (que de misère là-bas mais aussi ici), la distance avec la France et la Martinique, l'apprivoisement d'une vraie solitude, la joie d'être écouté par des gens compétents (spi et psy), une meilleure acceptation du corps (merci à Françoise Dolto pour ça et pour sa lecture des évangiles), l'immersion dans une autre langue et un autre contexte culturel et ecclésial, le réapprentissage de la prière avec la Parole de Dieu et la replongée dans les écrits d'Ignace, la conscience que si les Jésuites n'ont pas toutes les qualités, ils sont loin d'avoir tous les défauts, la tendresse et la prière de beaucoup dont ma chère famille :) Cette expérience décapante de décentrement et d'une foi plus éprouvée m'a ramené au Père Duval que je connais depuis l'enfance. J'ai trouvé dans son autobiographie "l'enfant qui jouait avec lune", 2 paroles qui m'accompagnent presque tous les jours.


1- D'abord, sa prière qui celle des Alcooliques Anonymes : 
Seigneur, donne-moi le courage de

changer ce que je peux changer. Donne-moi la patience d’accepter ce que je ne peux pas changer. Donne-moi enfin la sagesse de voir la différence entre les deux. Ce n'est pas une prière de dépit ou une simple pirouette. Cette prière dit bien que notre vie est une affaire de conversion (changer ce que je peux changer dans mes attitudes de surdité ou de non-confiance en la vie et en Dieu) mais aussi d'acceptation profonde de ce qui fait ma personnalité, mon histoire, mes racines, ma foi, le réel, les Jésuites, la vie communautaire, mes missions avec leurs lots de joies et de contradictions. J'en ai pris conscience, mon choix d'être Jésuite et prêtre a été marqué par des manques de liberté (suis quand même entré au séminaire à 18 ans) mais l'humour de Dieu est qu'au coeur de cela, les fruits et les joies ont été légion. L'homme que j'essaie de devenir a rechoisi cette voie en priant avec d'autres et surtout en travaillant dur sur son imaginaire ("on a besoin de prêtres", "tu ferais un bon prêtre"...). Ce que je veux dire par tout ça est qu'il y avait un grand écart entre ce que je croyais que Dieu me demandait, mon image de ce que doit être un bon prêtre ou un grand Jésuite ET le réel. Je me sens plus heureux maintenant car je me rends compte que je "dois" vivre avec cet écart, avec les limites que je rencontre en moi et autour de moi, limites qui peuvent être occasions de rire et de d'être plus proche des autres. J'apprends donc à trouver ma place (c'est cela l'humilité, l'humus) dans le monde et dans ma propre vie humaine et c'est une démarche à reprendre sans cesse, avec d'autres et en confiance... jusqu'à la prochaine crise !
2- Je suis également rejoint par la réflexion du père Duval sur les différents amours qui le traversent : « quand je repense à ma douce mère, je sais qu’elle m’a appris à aimer Dieu (sans jamais en parler) et à aimer les gens, mais elle ne m’a pas appris à m’aimer moi-même. Ni à me défendre. Je pense aujourd’hui que ces trois amours devraient avoir la même intensité : Dieu, les gens, moi. Aimer Dieu sans aimer les gens est bigoterie. Aimer les gens sans aimer Dieu (si on le connaît) est illogisme de l’esprit. Aimer soi-même sans aimer les autres crée un monde invivable aux meilleurs des enfants des hommes et la violence étranglera les survivants. Aimer les autres sans s’aimer soi-même est une maladie qui peut mener à l’alcool. Maintenant que je suis sobre depuis 14 ans, je sais que mon bonheur tient dans l’équilibre de ces trois amours ». (p. 117-118). Je ne suis pas vraiment alcoolique mais j'ai repéré que plusieurs de mes déséquilibres (vouloir plaire à tout prix, aller vite, parler encore plus vite, etc.) viennent du déséquilibre entre ces trois amours. Et c'est le chemin décrit plus haut qui aide à mieux équilibrer ces trois amours. Chouette, il y a encore plein de chemins à parcourir et d'occasions de grandir... au service des autres (c'est ma vocation profonde) et du Seigneur qui nous prend par la main. Il n'y a plus qu'à... en acceptant la complexité des choses avec simplicité. Merci de votre soutien et de votre prière.

Renouvelé par cette riche expérience au Chili et par les grandes "découvertes" de ces dernières années, et donc plus conscient de mes dons et de mes fragilités, la Compagnie ("créole", au sens de bien mélangée quand même) de Jésus m’appelle à redire fin Octobre devant tous l’offrande que j’ai déjà faite de moi-même au Christ. Sacré challenge ! Quelle année que 2015 : 40 ans de vie (premières maturités ?), 18 ans comme Jésuite (majorité ?) et 7 ans d'ordination (âge de raison ?). Le 31 Octobre sera en tout cas l’occasion d’une vraie fête de famille où chacun sera invité à rendre grâce à Dieu pour Sa FIDELITE et pour Son HUMOUR (HUmilité/aMOUR) pour chacun, quel que soit son état de vie, son âge et ses tâtonnements. Soyez donc les bienvenus !

Mon actualité reste évidemment dense : un article sur le sport (ne riez pas) dans la revue Christus, les répétitions pour un spectacle sur la Samaritaine au congrès CVX à Cergy en fin Juillet, les derniers préparatifs du pélé Manresa en Espagne qui aura lieu du 2 au 9 Août (vidéo sympa), une retraite familiale à Lalouvesc mi-Août ("Dieu nous veut du bien"), un déménagement sur Paris en Septembre (je change de "ghetto" : je passe du 93 au 16ieme arrondissement !) et aussi à la rentrée le lancement des JMJ (Magis Pologne) et l'inévitable INIGOLIB' le 10 octobre sur les questions écologiques (vive le Pape et sa toute dernière encyclique)...


A bientôt,amitiés,
Manu Grandingue